Blog vagabond, culturel et champêtre

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lundi 22 septembre 2008

Les noms

"En novembre 1937, dans sa ville natale de La Corogne, le gouverneur envoie une lettre au président de l'audience en lui proposant de prendre la décision d'arracher et d'éliminer la feuille du Registre officiel de l'état civil où figure le nom de Santiago Casarès Quiroga. Afin de le soumettre à un châtiment jusqu'alors inconnu. Faire disparaître son nom." (p. 169)

"La coccinella septempunctata, explique-t-il, est avec le ver luisant l'insecte qui possède le plus de noms en Galice. Pourquoi ces deux-là ? La coccinelle est appelée reirrei. On l'appelle aussi maruxiña. On l'appelle papasol. On l'appelle barrosiña. On l'appelle costureira. On l'appelle voaniña. Plus la taille des choses est petite et plus les choses portent de noms. Dans ses Histoires naturelles, Jules Renard n'explique-t-il pas lui-même que la vérité est de petite taille ?" (p. 170)

Manuel Rivas, L'Eclat dans l'Abîme. Mémoires d'un autodafé

samedi 20 septembre 2008

Vacance heureuse

Enfin un week-end long. Trois grandes belles journées vacantes pour oublier les tracas de boulot, jusqu'à mardi 9 h. Bonheur des bonheurs : le cyber-espace diffuse en ce moment "Baby Blue" de Martina Topley-Bird - toujours de la bonne musique, ici.

Complètement happée par le roman de Manuel Rivas. Je me demande pourquoi l'éditeur (Gallimard) n'a pas conservé le titre original : Los libros arden mal = Les livres brûlent mal, non ?

Je viens d'interrompre ma lecture (pour ne pas terminer trop vite) juste avant la page 100, après avoir lu ceci :


"Le mutisme des choses, pensa-t-il. Les choses se taisaient et parlaient. C'était, pour ainsi dire, une pensée fort simple, mais qu'il n'était cependant pas facile d'atteindre. Une pensée qui se trouvait là, telle une bouée immergée, et il fallait s'y accrocher à tout prix.
Il y avait l'éloquence des choses et le mutisme des choses. Oui, il y avait ces deux perceptions qui pouvaient tout à fait caractériser un poème ou un tableau. L'une, l'éloquence des choses. Capter l'éloquence des choses, leur aura expansive, leur désir de dire, et le traduire en langage de la lumière ou des sons. L'autre, le mutisme des choses. Leur façon de se cacher. De s'absenter, de se vider. De se perdre. Refléter ou raconter, c'était une autre émotion. Le premier art procurait une émotion frontale. Le second vibrait au niveau des lombaires.
Un instant. Et, dans le mutisme des choses, on pouvait aussi distinguer deux sortes de silences. Le silence amical, qui nous accompagne, où les mots peuvent se distraire, et l'autre silence. Celui qui fait peur. Rosalia de Castro baptisa ce silence le "silence muet", expliqua Huici."

Juste une petite course à faire à toute allure, et je reprends mon livre. Tout y est, je ne demande rien d'autre. J'y consacrerai sans doute un billet plus long (peut-être une critique pour Babelio).

dimanche 29 juin 2008

La langue des papillons


J'ai emprunté le nom de ce blog, ainsi que mon pseudonyme, à une nouvelle de l'écrivain galicien Manuel Rivas, qui écrit généralement dans la langue de sa région natale, le galicien ou galego (très proche du portugais).

Le titre original, A lingua das balboretas, me permet de vérifier une fois de plus que le mot "papillon" est le plus beau de tous les mots de toutes les langues. Balboretas, Schmetterling, butterfly, papillon...

Avant de lire La langue des papillons, je ne savais pas que les papillons avaient une langue ; je ne m'étais d'ailleurs jamais posé la question. Ils ont une langue, donc, mais quelle langue parlent-ils, eux, les papillons aux si jolis noms ?

Cette nouvelle a été portée à l'écran en 2001 par José Luis Cerda sous le titre espagnol La langua de las mariposas. Mariposas, c'est magnifique aussi !

Extrait (traduit du galicien par Serge Mestre et Ramon Chao, publié chez Gallimard en 2003):
"La langue d'un papillon ressemble à une trompe enroulée comme le ressort d'une montre. Lorsqu'il est attiré par une fleur, le papillon la déroule et l'introduit dans le calice pour aspirer le pollen. Quand vous plongez le doigt humide dans un sucrier, vous sentez un goût sucré dans votre bouche, n'est-ce pas, comme si le bout du doigt était le bout de la langue ? Eh bien, la langue des papillons, c'est pareil."